Image et Histoire de Marseille

La fondation de Marseille

Phocée

Dans l'actuel golfe de Smyrne, sur les côtes de la mer Egée, Phocée est une cité grecque d'Asie mineure. Elle est située à l"embouchure du fleuve Hermus (aujourd'hui, le Gediz). Elle aurait été fondée par l'Athénien Philogène.

Sa population aurait été composée d'Athéniens et de Grecs originaires de Phocide, une région de la Grèce centrale. La cité est dirigée par une oligarchie, un gouvernement composé d'un petit nombre d'hommes recrutés parmi les plus riches. Phocée est l'une des douze principales cités de la confédération ionienne. Ces cités sont indépendantes et ne conservent avec la mère patrie que des liens culturels et commerciaux.

Aujourd'hui Phocée existe toujours, à deux mille kilomètres de Marseille, c'est l'actuelle Foça en Turquie. Son nom grec phokaïa signifie phoque. On y trouve, encore aujourd'hui, les derniers phoques moines de Méditerranée qui, jusque vers 1945, fréquentaient toujours les calanques de Marseille.

Les Phocéens

Les Phocéens sont connus pour être un peuple aux mœurs austères. Ils sont pêcheurs, commerçants ou encore pirates. Excellents navigateurs, ils font principalement le commerce de l'huile et du vin. Ils pratiquent le culte de la déesse nourricière Artémis d'Ephèse dont le temple sera considéré comme une des sept merveilles du monde antique. Les Romains honoreront Artémis sous le nom de Diane.

La migration phocéenne

Les Phocéens s'implantent d'abord sur les bords de la Mer Noire. Ils n'y fondent qu'une seule cité, Lampsaque, car les colonies d'une autre cité ionienne, Milet, occupent déjà la côte. Ils se tournent alors vers la Méditerranée occidentale et veulent s'attaquer au monopole que détiennent les Phéniciens, celui du commerce de l'étain nécessaire à la fabrication du bronze. Leur première expédition a pour mission d'explorer les côtes ligures et l'embouchure du Rhône. C'est le long de ce fleuve que se pratique le commerce de l'étain en provenance d'Armorique et de Cornouaille. A l'occasion de ce premier voyage ils découvrent le site de Marseille.

Fondation de Marseille

Devant le succès de la première expédition, le sénat phocéen en ordonne une nouvelle avec pour  mission, cette fois, de fonder une ville. Plusieurs vaisseaux sont affrétés, on consulte les oracles pour connaître la volonté des dieux. Pour cela, les Phocéens se rendent à Ephèse, la cité sacrée de la déesse Artémis, leur divinité protectrice. Selon la légende, Artémis apparait en songe à une femme, Aristarché, et lui demande de suivre l'expédition en emportant une des statues consacrées de la déesse. C'est ainsi que Artémis d'Ephèse, deviendra aussi la divinité protectrice de la cité que les Phocéens ont mission de construire et qu'ils appelleront Massalia.

Les Colons partent sur des pentécontores. Ces navires, composés de cinquante rameurs, ont un faible tirant d'eau et sont faciles à tirer au sec, le soir, sur la plage. L'expédition, commandée par Simos et Protis, jette l'ancre dans la calanque qu'ils ont repéré lors de leur première visite. Le territoire est occupé par des peuples que les Grecs appellent Ligures. Ces peuples, indépendants les uns des autres, sont dirigés chacun par un chef. Ils occupent toute la côte méditerranéenne de la Ligurie à l'Espagne.

Rare sont les cas où les nouveaux venus s'installent dans un territoire déjà occupé sans avoir recours à la force. Il semblerait pourtant que l'installation des Phocéens se soit faite de façon pacifique. C'est en tout cas, la légende que rapporte Justin, écrivain latin du IIIe siècle. Il écrit :

"Ils allèrent trouver le roi des Ségobriges, nommé Nann,  sur le territoire duquel ils désiraient fonder une ville et lui demandèrent son amitié. Justement, ce jour-là, le roi était occupé à préparer les noces de sa fille Gyptis, que, selon la coutume de son peuple, il se disposait à donner en mariage au gendre choisi pendant le festin. Tous les prétendants invités pour ces noces étaient là. On invite aussi les hôtes grecs au banquet. La jeune fille est introduite et son père lui dit d'offrir de l'eau à celui qu'elle choisissait pour mari. Alors, négligeant tous les autres, elle se tourne vers les Grecs et offre l'eau à Protis qui, d'hôte devenu gendre, reçut de son beau-père un territoire pour y fonder une ville. Massalia fut ainsi fondée près de l'embouchure du Rhône, dans un golfe écarté, comme dans un coin de mer."

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Le site de Marseille

Le site présentent tous les éléments que les Grecs d'alors recherchent pour fonder une ville. Une comparaison du site de Marseille avec celui d'autres villes d'origine grecque  montrerait des similitudes frappantes entre eux (Nice par exemple).

La future Massalia, n'est d'abord qu'une crique peu profonde abritée des vents du nord par une colline et isolée du grand large par une rade. Cette crique sera le futur Vieux-Port, abrité du vent par la colline qui porte la butte Saint-Laurent, la butte des Moulins et la butte des Carmes. Le site est isolé du grand large par la rade de Marseille. Dans le texte de Justin, la crique est désignée par l'expression "dans un coin de mer" et la rade par "un golfe écarté".

Rapidement, les maisons de la jeune cité s'étagent sur les pentes de cette colline protectrice. Le premier édifice que construisent les Grecs est le temple dédié à Artémis, divinité protectrice de la ville. Les rives qui descendent en pentes douces jusqu'à la mer permettent aux Grecs de tirer chaque soir leurs navires sur la grève, conformément à leur habitude.

La crique où s'installe le port doit être facile à défendre et le site de Marseille offre cet avantage. Il est facile de barrer, avec des navires, l'entrée de la calanque. Jules César lui-même renoncera à prendre la ville par la mer et en fera le siège par la terre, bien que de ce côté là, il se heurtera à une cité bien fortifiée.

Dans cette crique se jette un petit fleuve côtier que les Grecs appellent Lacydon et qui donne son nom à notre Vieux-Port. La présence du fleuve offre l'eau douce nécessaire aux besoins réguliers. Sans doute même s'y trouvent des plantes telles que le chanvre ou l'alpha qui fournissent la matière nécessaire à la confection des cordages des navires (le nom de la Canebière vient de canabe, chanvre en provençal)

Enfin, le bois obtenu au fur et à mesure de la déforestation de la colline pour la construction de la ville fournit la matière première pour la construction des navires. Le site de Marseille ne devait pas manquer d'être couvert d'une épaisse forêt.

Tels sont les avantages qu'offre le site de Marseille à l'arrivée des colons Grecs. Ce n'est pas un hasard si la cité qu'ils créent connait une rapide prospérité.

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