Image et Histoire de Marseille

L'avenue du Prado

La naissance d'une grande avenue

Au début des années 1830, l'axe principal de la ville est formé par la continuité Porte d'Aix / le Grand Cours / rue de Rome / place de la Porte de Rome / Grand chemin de Rome / place Castellane (aujourd'hui Porte d'Aix / Cours Belsunce / rue de Rome avec au milieu la place de Rome / place Castellane). Il est décidé de prolonger cet axe jusqu'à la mer. On imagine une avenue, longue de trois kilomètres quatre cents, qui tournerait en équerre vers son milieu pour rejoindre la côte.

En 1837, la Société Immobilière du Prado est créée à l’initiative de Méry, Falque et de Bernex qui vient de réaliser le boulevard Longchamp. Ils proposent pour la nouvelle voie le nom de Prado par analogie avec le site du Prado à Madrid. Le duc d'Orléans, fils du roi Louis-Philippe, inaugure la première tranche de travaux en novembre 1839. Le prix élevé des parcelles, la concurrence des terrains de l'avenue de Toulon et la spéculation immobilière provoquent la faillite de la société. Sous l'impulsion de Bernex le projet est repris, en 1845, par la société Le Prado Marseillais.

A l'origine ouverte dans une plaine aride et poussiéreuse, l'avenue du Prado est d'une largeur, jusque là, inconnue à Marseille. Elle est bordée de chaque côté par trois rangées de platanes qui offrent aux promeneurs, ombre et fraîcheur. Plus de milles arbres sont plantés (En 1861, on en comptera 1606 dont 1220 dits "anciens").

Le rond-point du Prado, image de 1832Le rond-point du Prado en 1848

Le Château des Fleurs ouvre ses portes en 1848. Adossé à un hippodrome, c'est un café-concert qui organise des bals, des représentations théâtrales et toutes sortes de jeux. Il est situé au rond-point du Prado d'où décolle en mai 1849 Francisque Arban. A bord d'un ballon, il survole les calanques et en dresse le plan. Les constructions sur le Prado commencent à la même époque. A l'est (vers les terres), s'implantent des usines et des habitations ouvrières, alors qu'à l'ouest (vers la mer) se développe une zone résidentielle occupée par la bourgeoisie des négociants. La municipalité acquiert le Parc Borély en 1856.

Le Rendez-vous des animations et des spectacles

L'avenue du Prado voit défiler tout ce que Marseille compte de voitures à cheval et de cavaliers qui trouvent là un merveilleux terrain d'exercices. L'ouverture de la Corniche en 1863, relie d'un coté l'avenue au port en passant par la côte et de l'autre la prolonge jusqu'à Montredon, destination nouvellement favorite des promeneurs équestres et piétons.

En 1878, les Arènes du Rouet sont créées dans la rue Borde. Les Nouvelles Arènes du Rouet ouvrent en 1881, au 127 avenue du Prado. Le 18 août, l'enceinte, pleine à craquer, s'effondre faisant vingt-sept morts et cent-soixante-sept blessés graves. La même année s'ouvre une patinoire dite Skating-Rink. L'inauguration du premier vélodrome a lieu en 1884, au rond-point du Prado.

Caserne de gendarmerie du Prado, gravureImage de l'avenue du Prado avant le XXe

A l'angle de la rue Jean Mermoz, les Arènes du Prado, d'une capacité de 12 000 personnes, sont inaugurées en juillet 1887. Le 30 mai, venait de naître, à la caserne de gendarmerie du Prado, Fernand Charpin, le célèbre interprète de Panisse dans la trilogie de Marcel Pagnol.

Le premier tramway à vapeur emprunte l'avenue en octobre 1890. Un an plus tard, on y pose la première pierre du grand collecteur des égoûts en présence de Freycinet, président du Conseil des ministres. En 1891, les Indiens d'Amérique débarquent à Marseille ! Ils font partie de la troupe du célèbre Buffalo Bill qui donne au rond-point du Prado, du 2 au 15 décembre, des représentations de son célèbre spectacle le Wild West Show.

Avenue du Prado, carte postale ancienneImage de l'avenue du Prado avant le XXe

Il n'est pas rare que si un spectacle déplait au public, celui-ci exprime son mécontentement avec énergie. Ainsi, lors d'une représentation des Señoritas toreras en août 1896, huit à neuf mille spectateurs en furie détruisent les arènes du Prado et y mettent le feu !

De l'Exposition Coloniale à la Foire de Marseille

L'empire colonial français fournit à Marseille l'essentiel de sa puissance industrielle et de son trafic maritime. Malgré le centralisme exacerbé de la capitale, la ville obtient l'autorisation de présenter, pour la première fois en France, une exposition exclusivement dédiée aux colonies. Le Parc Chanot n'existe pas encore. C'est, sur vingt-quatre hectares, un champ de manœuvre militaire.

On procède à un échange de terrain avec l'armée, le terrain voisin est loué. Un autre de 20 000 m2 bordant le boulevard Michelet est concédé gratuitement par son propriétaire. L'exposition ouvre ses portes en avril 1906 et s'étend sur trente-six hectares. Plus de cinquante pavillons ou palais sont dressés, chacun représentant une colonie. Le succès est total. Lorsque l'exposition ferme ses portes, en novembre, on estime qu'elle a attiré plus d'un million huit cent mille visiteurs.

Affiche exposition coloniale 1906 à Marseille

En 1907, la municipalité achète l'ensemble des terrains où a eu lieu l'exposition. Elle en fait un parc public qui prend le nom du maire Amable Chanot. En 1908, la parc accueille l'Exposition internationale d'électricité qui émerveille les visiteurs. Le premier salon de l'automobile à Marseille se tient en 1913. L'avenue du Prado est goudronnée les mois suivants. En 1920, débute la construction de l'église du Sacré-Cœur alors que l'on inaugure en 1921 l'hôpital Saint-Joseph.

Expo électricité 1908, afficheSalon de l'auto Marseille 1913

Les grilles du parc Chanot, qui forment une partie du rond-point du Prado, sont inaugurées en prélude à la seconde exposition coloniale. Initialement prévue en 1916, reportée en raison de la guerre, elle se tient d'avril à novembre 1922. La première foire de Marseille occupe le parc Chanot en 1925, sous le nom de Quinzaine commerciale. Elle deviendra la Foire Internationale de Marseille en 1929.

Expo coloniale 1922 à Marseille, afficheAffiche foire de Marseille 1926

Après-Guerre

En octobre 1951, les arènes du Prado ferment définitivement. En novembre la copie du David de Michel-Ange, offerte par Jules Cantini, est érigée au rond-point de la plage du Prado.

Avec le renouveau du marché de l'automobile des années 1950, l'avenue du Prado est occupée par un grand nombre de concessions. La plus grande le Palais de l'Automobile, connue plus tard comme le garage Mattei est détruite en 1991 permettant la création des allées Turcat-Méry (du nom d'une ancienne marque automobile française fondée en 1899 par deux Marseillais Turcat et Méry)

L'avenue est prolongée à partir de son rond-point par le boulevard Michelet où se trouve le stade Vélodrome inauguré en 1937 et transformé à l'occasion de la Coupe du Monde de football 1998.

Les platanes centenaires sont victimes d'un champignon, introduit en France en 1944. Il était contenu dans le bois des caisses de munitions débarquées avec les troupes américaines. Les arbres malades sont remplacés peu à peu par des micocouliers et des tilleuls. Ce champignon, le chancre coloré,  a depuis envahi l'hexagone où il est responsable de l'abattage de plus de 50 000 platanes.

L'avenue du Prado, hier promenade extra-urbaine, est aujourd'hui pleinement intégrée à la ville.  C'est par elle que passe la longue perspective qui, sur plus de cinq kilomètres, s'étire en ligne droite de la porte d'Aix jusqu'au rond-point de Mazargues. Artère prestigieuse, pour les Marseillais elle est simplement "le Prado".

Haut de la page
2009 / 2011 - Tous droits réservés - Marseille Ancienne