Image et Histoire de Marseille

La Corniche

A l'origine, un petit village de pêcheurs

Au milieu du XIXe siècle, à l'ouest de la colline de Notre-Dame de La Garde, sur le promontoire situé entre le Vallon des Auffes et l'anse de la Fausse Monnaie, se trouve le petit village suburbain appelé Endoume. C'est un lieu isolé auquel on accède par un sentier difficile, principalement frequenté par les douaniers et les pêcheurs. Cela fait longtemps déjà que la municipalité désire rattacher ce village à la ville. En 1848, elle confie aux Ateliers nationaux le percement, à grand frais, d'un chemin entre la plage du Prado et l'anse de la Fausse Monnaie. Ce sera le début d'un travail gigantesque.

Bien qu'amélioré, l'accès reste contraignant. Le chemin est prolongé au nord jusqu'au boulevard de la Corderie qui débouche alors sur la rue Grignan. Il est également prolongé au sud jusqu'au chemin de Montredon, au-delà du parc Borely. Les travaux s'achèvent en 1863. La voie nouvelle est longue de sept kilomètres et suit le dessin de la côte, dix mètres au-dessus des rochers qui bordent la mer.

gravure du chemin de la corniche gravure du pont de la fausse monnaie

Le chemin traverse l'embouchure de l'Huveaune grâce à un pont en fer, long de vingt-cinq mètres, large de douze mètres. Pour surmonter les obstacles de nombreux ouvrages d'art sont nécessaires. Les plus remarquables sont le pont de la Fausse-Monnaie et le pont du Vallon des Auffes. Le premier est haut de seize mètres et large de trente-six mètres. Le deuxième, avec trois arches en plein cintre hautes de dix-sept mètres, s'étire sur soixante mètres. Pour en construire les fondations il a fallu barrer l'anse du Vallon des Auffes pour la maintenir au sec.

illustration de la promenade de la cornicheillustration de la promenade de la corniche

Un mouvement de terre de 110 000 m3 et la construction de 19 000 m3 de maçonnerie ont été nécessaires à la construction de la Corniche. On finit de la rattacher à la ville en reliant le boulevard de la Corderie au cours Bonaparte, le futur cours Pierre Puget.

La Corniche, d'hier...

Entre l'anse des Prophètes et celle de la Fausse Monnaie s'installe, en 1860,  un hôtel-restaurant qui jouira d'une grande réputation. C'est le Palace Hôtel, François Roubion en est le propriétaire. Le restaurant de l'hôtel, La Réserve, tire son nom d'une réserve à crustacés et coquillages construite en contrebas directement dans la mer, à l'image des anciens établissements de la Tête de More du Pharo. Alexandre Dumas évoque Roubion et la Réserve, en 1861, dans son receuil de textes Bric à Brac (Vol.1).

plage du prado sur le chemin de la corniche gravure de l'hotel roubion et du restautant la reserve

A cette époque, la société mondaine découvre les vertus des bains de mer et du thermalisme. Des établissements thermaux se développent aux Catalans et à Montredon avec les Bains Phocéens. En 1875, sont créés les établissements thermaux du Roucas-Blanc, dotés de cinq cents mètres carrés de bassins et de tout les équipements hydrothérapeutiques modernes de l'époque.

Dans le même temps, les transports urbains se développent. En 1877, s'ouvre la ligne  Place de Rome-Bonneveine par la Corniche. A l'origine, c'est un omnibus hippomobile qui assure la liaison. En 1899, l'électricité remplace les chevaux. Toutes les lignes sont, désormais, desservies par des tramways électriques.

image de l'anse des prophétes vieille carte postale du vallon des auffes

Au milieu du XIXe siècle, le développement des voies de communication, notamment la construction du réseau ferroviaire, nécessite des mesures de plus en plus précises. La détermination des altitudes exige un niveau de référence. En 1884, le Comité du Nivellement Général de la France  installe sur la Corniche, dans l'anse Calvo, un marégraphe. Cet appareil enregistre en permanence les variations du niveau de la mer. Au bout de douze années d'observation, du 3 février 1885 au 1er janvier 1897, le zéro de référence est défini. Le marégraphe de Marseille reste le seul appareil en Europe toujours en fonctionnement. Classé monument historique en 2002, il enregistre et étudie sur le long terme le mouvement des marées et leur évolution.

vieille carte postale vue de la cornichecarte postale du chemin de la corniche

Le 24 avril 1927, Gaston Doumergue, Président de la République, inaugure un monument dédié Aux héros de l'armée d'orient et des terres lointaines de la Première Guerre Mondiale. En 1938, la piscine du Club des Dauphins remplace la réserve à coquillages du célèbre, mais déclinant, Palace Hôtel.

... à aujourd'hui.

En 1954, la municipalité Defferre engage une politique de grands travaux urbains dont l'élargissement de la promenade de la Corniche. Ils dureront jusqu'en 1968, les derniers cabanons de l'anse des Prophètes disparaissent. La largeur de la voie, qui jusque là variait entre dix et vingt mètres, passe en moyenne à vingt-deux mètres. Ce véritable balcon sur la mer comporte un trottoir à deux niveaux séparés par un banc continu de deux kilomètres ce qui en fait le banc le plus long du monde.

En 1963, la Corniche prend le nom de Corniche du Président John Fitzgerald Kennedy en hommage au président américain assassiné. Mais, pour les Marseillais, elle reste La Corniche. Le Palace Hôtel et son restaurant, la Réserve, ferment définitivement en 1969. A la place, est créé, en 1970, un complexe immobilier de luxe. Seul son nom, La Réserve, rappelle le souvenir de l'établissement qui contribua à la renommée de la haute gastronomie marseillaise.

Au milieu de la Corniche, s'élève une énorme pale d'hélice de bateau. Elle est en bronze maritime, pèse vingt tonnes et mesure neuf mètres de haut. Cette structure, inaugurée en 1970, est l'oeuvre d'un sculpteur marseillais célèbre : César Baldaccini dit César. Elle constitue le Mémorial des Rapatriés d'Algérie. L'hélice de bateau rappelle la traversée de la Méditerranée que durent faire les rapatriés pour rejoindre la métropole.

En 1998, à l'occasion de la Coupe du Monde de football, un équipementier sportif organise une campagne publicitaire sous la forme d'une immense toile, tendue sur le mur d'une maison en bordure de mer : c'est la fameuse image de Zinédine Zidane qui deviendra rapidement célèbre dans le monde entier. Cette fresque, à l'origine prévue pour quelques mois seulement, est restée en place jusqu'en 2006 date à laquelle elle fut retirée en raison des dégradations subies.

A quelques mètres de là, une brasserie Les Flots Bleus, construite au début du XXe siècle et qui surplombait la mer, est détruite la même année offrant aux promeneurs une large vue sur la rade de Marseille.

Depuis 1978, les structures qui supportent la promenade de la Corniche souffrent de corrosion et de l'éclatement du béton. Des réparations ponctuelles ont été effectuées. Mais, en 2000, une campagne d'inspection approfondie aboutit à un vaste chantier de restauration qui prévoit  la reconstitution des superstructures d'origine et l'étanchéification de 15 500 m2 de surface bâtie. Ces travaux durent jusqu'en 2003.

En 2008, paraît un roman de Maylis de Kerangal dont l'action se déroule sur la Corniche qui donne son nom à l'ouvrage : Corniche Kennedy.

Souvenir...

Un journaliste de la revue L'Illustration a écrit en 1864  : "Quand on a admiré à Naples la promenade du Platamone, qui de son plateau élevé, découvre une vue magnifique sur le golfe [...] Ces merveilles qui nous paraissaient inimitables, Marseille  les a surpassées par la création de la belle promenade du chemin de la Corniche. Mais, on n'aurait qu'une idée incomplète de cette création originale et hardie, si l'on ne connaissait l'immense travail qui fait le mérite de cette colossale entreprise".

En passant par la Corniche, on peut constater que cette impression d'un voyageur du XIXe siècle est toujours aussi vive aujourd'hui.

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