Au milieu du XIXe siècle, l'activité économique et commerciale de Marseille va toujours croissante. La ville s'étend pleinement sur les deux rives du port depuis un siècle à peine. Nombre de ses habitants doivent passer régulièrement d'une rive à l'autre : les pêcheurs du quartier Saint-Jean allant livrer à la Criée aux poissons, les poissonniers du Panier, les ouvriers se rendant aux manufactures de la rue Sainte, le personnel hospitalier de l'Hôtel-Dieu et les employés de la mairie. La traversée est assurée par des passeurs à rames dont les tarifs ne sont pas réglementés. Germe alors l'idée de mettre en service un véritable mode de transport collectif.
Le 3 juin 1880, la première ligne de ferry-boat est ouverte. Elle relie l'Hôtel de ville situé sur la rive nord du port à la Place aux huiles sur la rive sud. Si ce nouveau mode de transport déclenche la colère des syndicats de bateliers, il suscite un réel engouement de la part de la population. Bientôt une deuxième ligne est ouverte : la ligne Place Vivaux-Criée aux poissons.
En 1905, le Pont transbordeur est mis en service et présente, dès lors, une sérieuse concurence pour les lignes de ferry-boat. La ligne Place Vivaux-Criée aux poissons ferme en 1926. Après le dynamitage, en 1944, du pont transbordeur par les Allemands, on inaugure, en 1946, la ligne Saint Jean-Quai de Rive Neuve.
En 1952, un ancien marin au long cours, François Paoleschi, propriétaire des ferry-boats, commande aux chantiers navals de la Seyne-sur-Mer un nouveau navire. Baptisé César en hommage au personnage de la trilogie marseillaise imaginée par Marcel Pagnol, ce nouveau ferry-boat est mis en service en 1953. A la mort de François Paoleschi, sa fille Claire et son mari Roger Ischyrion reprennent l’exploitation des lignes.
La ligne Saint Jean-Quai de Rive Neuve ferme en 1974. Seule subsiste la ligne Mairie-Place aux huiles. L'utilité et la fréquentation du ferry-boat diminuant, les époux Ischyrion abandonnent son exploitation et la seule ligne restante ferme en 1983. En 1984, à la suite d'un violent orage, Le Mouche IV coule dans les eaux du Vieux-Port..
En 1985, Madame Ischyrion, fait don à la Ville des trois bateaux (Mouche IV, Mouche VII, César). La Mairie de Marseille les acquiert afin de conserver ces éléments du patrimoine maritime provençal. Des trois navires, seul le César reprend du service sur la ligne Mairie-Place aux huiles. Il assurera la traversée du port jusqu'en 2008.
C'estt un navire amphidrome : la poupe et la proue sont symétriques, la navigation pouvant s'effectuer dans les deux sens sans manoeuvre de retournement. Il effectuait la traversée du port à la vitesse de quatre noeuds
Immatriculé MA 1659, il mesure 13,02 mètres de long, 4,66 mètres de large. Doté d'un moteur diesel Baudouin de 45 chevaux, il est équipé de deux arbres de transmission, de deux hélices et a la particularité de ne pas posséder de marche arrière.
Les travaux d"entretien et de réparation étaient importants : chaque année, il fallait le mettre en carénage et refaire les bordées de bois.
Depuis 1953, pour le plus grand plaisir des touristes et des marseillais, le César parcourait la ligne Mairie-Place aux huiles en moins de quatre minutes. Il pouvait accueillir 45 passagers par traversée soit plus de 100 000 passagers par an. Il effectuait plus d'une centaine de fois par jour un trajet considéré comme la traversée la plus courte au monde : 283 mètres.
La durée quotidienne du service est de douze heures avec certains jours des pics de dix-huit heures, soit 270 traversées, et ceci 330 jours par an. La traversée devient gratuite en juin 2007.
En attendant le nouveau bateau électro-solaire qui sera mis en service en 2010, un coche d"eau nommé Mille Sabords assure la traversée depuis le 21 juin 2008.
Le ferry-boat est indissociable de l'image de Marseille et du Vieux-Port. Il a été immortalisé au cinéma, par Marcel Pagnol, en 1931, dans le film Marius, où le ''Féri-Bôate'' est barré par Félix Escartefigue entre le Bar de la Marine et l’Hôtel de Ville.
Ce bateau reste cher au cœur des marseillais, le nouveau ferry-boat en préparation qui sera doté de toutes les nouvelles technologies, ne fera pas oublier de si tôt celui qui a déjà parcouru plusieurs fois le tour de la Terre, sans jamais être sorti du Vieux-Port !
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