Image et Histoire de Marseille

Notre-Dame de La Garde

Avant Jésus Christ

La colline qui s'élève au sud du Vieux-Port, a été, de tout temps, un point d'observation remarquable sur la ville, le port et la mer. Les plus imaginatifs supposent qu'à l'époque grecque, un temple dédié à Neptune s'élevait à son sommet.

vieille lithographie de notre dame de la garde

La première construction

Très tôt, a dû exister une vigie qui permettait de surveiller la rade et les navires se dirigeant vers le port. En 1302, Charles II d’Anjou, comte de Provence, ordonne que l'on établisse un ensemble de signaux sur les hauteurs qui dominent les côtes provençales. Parmi celles-ci est désignée cette colline.

En 1214, l'abbaye de Saint-Victor, propriétaire de terrains sur la colline, donne à un prêtre de Marseille, nommé Pierre, l'autorisation de construire une chapelle. Cette chapelle est placée sous le vocable de Notre-Dame de la Garde. Elle est mentionnée dans un document de 1218. Un autre document daté de 1385 fait référence à une tour portant le nom de Turris Beatae Maria de Guardia Tour de la Bienheureuse Marie de la Garde.

Dès sa fondation, des donations sont faites en faveur de la chapelle. Cette dévotion populaire se développera au cours des siècles suivants. Les marins avaient pour habitude de prier pour leur sauvegarde à l’autel de Notre-Dame de la mer situé dans l'église de Notre-Dame du Mont et d'y déposer des ex-votos lorsqu'ils avaient échappé à un naufrage. Vers la fin du XVIe siècle, cette pratique se détourna au profit de Notre-Dame de la Garde.

En 1516, François Ier arrive à Marseille et se rend à la chapelle. Au cours de cette visite, il constate que la ville est mal défendue. Le roi décide alors de faire construire deux forts : l’un sur l’île d’If, qui deviendra le château d'If, l'autre au sommet de la colline de la Garde qui englobera la chapelle.

Le fort de la Garde ne sera terminé qu’en 1536 juste à temps pour protéger Marseille de l'armée de Charles Quint. Pour la construction du fort, on utilise les pierres d'une carrière située au cap Couronne mais aussi des matériaux de récupération provenant de la démolition d’édifices situés en dehors des remparts de la ville (entre autres les restes du couvent des cordeliers). C'était à l'époque une pratique courante en cas d'invasion de troupes ennemies, elles étaient ainsi privées de toute possibilité d'abri.

Ce deuxième fort  inspirera à Scuderi, gouverneur du fort au XVIIe, ces mots "gouvernement commode et beau, à qui suffit pour toute garde, un suisse avec sa hallebarde, peint sur la porte du château" ce qui laisse penser que la situation géographique suffisait seule à défendre le lieu.

Un objet de convoitise

Ce fort a la forme d'un triangle dont deux côtés mesurent environ soixante-quinze mètres et le troisième trente-cinq mètres. De ce fort, aujourd'hui disparu, subsiste cependant un éperon bien visible à l'ouest de la basilique au sommet duquel est installé une table d’orientation. Au dessus d’une porte d'accès à la basilique, on voit encore un blason sculpté aux armes de France avec la salamandre, symbole de François 1er.

Pendant les Guerres de Religion, le fort de la Garde fait l'objet de nombreux combats pour la maîtrise de la colline car cela permettait ensuite de s'emparer de la ville.

En 1701, Vauban étudie la possibilité de renforcer davantage encore la défense de Marseille. Il présente un projet qui prévoit la construction d'une longue enceinte qui partant du fort Saint-Nicolas rejoindrait la plaine Saint-Michel en passant par le fort de la Garde pour aboutir à la hauteur du quai d'Arenc.

Pendant la Révolution, en 1790, le fort est envahi par des patriotes. Le 7 juin 1792, jour de la Fête-Dieu, la procession est troublée par des manifestants. Durant le trajet du retour au sanctuaire, la statue de la vierge est ceinte d'une écharpe tricolore et l'enfant Jésus coiffé du bonnet phrygien, symbole de la Révolution.

1792 abolition de la royauté

En 1793, le culte religieux est interdit et les églises sont désaffectées. Le 13 mars 1794, la statue en argent de la vierge est envoyée, pour y être fondue, à l'Hôtel des Monnaies de Marseille. Le 4 avril 1807, la chapelle Notre-Dame de la Garde est réouverte au culte. La traditionnelle procession de la Fête-Dieu reprendra en 1814.

Notre-dame de la garde en 1810

Durant cette période le fort ne fait l'objet que de peu de travaux tandis que la fréquentation de la chapelle s'accroît régulièrement. Cette augmentation est telle que la chapelle sera agrandie en 1833 par adjonction d'une deuxième nef.

Lors de son passage à Marseille en 1823, la duchesse d'Orléans fait un don pour la confection d'une nouvelle statue de la Vierge afin de remplacer celle qui avait été fondue à la Révolution. La commande est passée auprès de l'orfèvre marseillais Jean-Baptiste Chanuel qui termine la statue  cinq ans plus tard en 1834.

La reconstruction du clocher en 1843 permet à la chapelle de recevoir non plus une simple cloche mais un bourdon. Une souscription est lancée et le bourdon, qui a été fondu à Lyon, arrive à Marseille le 19 septembre 1845. Il pèse 8 234 kilos. Il est d'abord déposé à la plaine Saint-Michel où il est béni. Le 7 octobre, il est placé sur un chariot tiré par seize chevaux. Il descend de la Plaine par la rue Thiers, les allées Léon Gambetta, la rue Tapis-Vert, le cours Belsunce, traverse la Canebière, remonte par la rue Paradis et le cours Pierre Puget. Pour l'ascension de la colline, qui commence le 8 octobre, on renforce l'attelage avec dix chevaux supplémentaires ce qui porte leur nombre à vingt-six. Le bourdon arrive au fort le 10. Il est mis en place le 15 octobre et fait entendre ses premières notes le 8 décembre, le jour de l'Immaculée-Conception.

Le nouvel édifice

La chapelle étant devenue trop petite pour accueillir les visiteurs toujours plus nombreux, on envisage de construire un nouvel édifice. Le ministre de la guerre, propriétaire du fort, donne son accord le 5 février 1852. L'évêque de Marseille, Monseigneur de Mazenod organise une loterie avec pour premier prix une statue d'argent à l'image de la vierge, qui rapporte 400 000 francs.

Le projet retenu est celui de l'architecte Léon Vaudoyer qui propose une architecture néo-byzantine comme pour la nouvelle cathédrale de la Major. Son élève Espérandieu est chargé de l'exécution des travaux. La première pierre est posée le 11 septembre 1853. Faute d'argent , les travaux s"arrêtent en 1859. En 1861, le nouvel évêque, Monseigneur Cruice lance un nouvel appel aux dons. L'opération rapporte 350 000 francs. Le 4 juin 1864, la basilique, enfin terminée, est consacrée par le cardinal Villecourt.

Le financement de la statue monumentale qui doit s'élever sur le clocher est pris en charge par la ville de Marseille. Le projet de Lequesne est retenu puis la statue est confectionnée par les ateliers Christofle selon une méthode toute nouvelle pour l'époque : la galvanoplastie qui est préférée au cuivre repoussé au marteau. La statue est terminée en 1869.

consécration de Notre-Dame de la Garde en 1864
image de notre-dame de la garde fin XIXevue générale depuis la bonne-mère
les ascenceurs de notre dame de la garde

En 1892, on construit les ascenseurs qui sont en fait des funiculaires. Ils fonctionnent sur le principe du balancier à eau. La station de départ se situe à l'extrémité de la rue Dragon, la station d'arrivée donne directement sur une passerelle reliée à la terrasse située au pied de la basilique au niveau de la crypte.


En 1905, Monsieur Honoré obtient la concession pour l'exploitation d'une carrière sur la façade sud-est de la colline qui fonctionnera jusqu'en 1946. Un volume de 800 000 m3 est extrait de la colline créant une saignée profonde où passe aujourd'hui la rue du Bois Sacré.

gravure notre-dame de la gardevieille carte postale de la bonne-mère

Le 25 août 1944, au prix de combats acharnés, le 7e Régiment des Tirailleurs Algériens du Général Sudre, commandé par le général de Monsabert, aidé par les Forces Françaises de l'Intérieur (FFI), prennent le fort de Notre-Dame de La Garde (Fort-Villars de son nom militaire). Marseille est totalement libérée trois jours plus tard. Les nombreux impacts de balles sur le mur nord de la basilique et le char d'assaut, Jeanne d'Arc, stoppé dans sa progression par un obus allemand, témoignent encore aujourd'hui de ces combats.

Le 11 septembre 1967, à 18h30, l'ascenseur de Notre-Dame de La Garde s'arrête définitivement de fonctionner. Victime de la pression immobilière et devenu obsolète, il est détruit après avoir transporté pendant soixante-quinze ans plus de vingt millions de personnes.

La basilique de Notre-Dame de la Garde a fait l'objet d'importants travaux de restauration de 2001 à 2008. De nombreux marseillais l'appelle affectueusement La Bonne Mère. Avec une altitude de 162 mètres, Notre-Dame de La Garde offre un vaste et magnifique panorama sur la ville, sur les collines environnantes (massifs de la Nerthe, de l'Etoile, collines d'Allauch, massifs de la Sainte-Baume, de Carpiagne, de Marseilleveyre) sur les îles (notamment les îles du Château d'If et du Frioul) et sur la mer (le phare de Planier).

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